Idées cadeaux

26/11/2018

MIROIR DU TOUR au Kilomètre 0

Un billet très personnel de Jérôme Sorrel. La franchise, au Kilomètre 0, on aime.

Prix : 24,95€

Aussi long qu’un jour sans pain, voilà ce qu’était pour moi une après-midi devant le Tour de France. Lassé, blasé, barbé voilà l’état dans lequel j’étais à l’idée de passer une après-midi devant la télévision à regarder une étape du Tour de France.

Quand d’autres -pour ne pas dire beaucoup-, touchés par la grâce, évoquent les Tours de France de leur enfance avec un mélange d’enthousiasme nostalgique et une admiration béate. :

-« Des après-midis, avec mon père, à suivre les efforts de ces forçats de la route, la beauté des paysages de France, le panache de ces échappés » ;

« Après l’étape, j’allais enfourcher mon vélo rouge (les enfants ont souvent un vélo rouge dans leur mémoire) et je me refaisais la course, sur les routes de campagne, je levais les bras, en signe de victoire sur ma ligne d’arrivée imaginaire, laissant derrière moi mes concurrents, tout aussi imaginaires ».

Ils ne bossaient pas leur père en juillet ? Ils avaient déjà la clim’ dans leur salon dans les années 80 ? Ils avaient du bol ces enfants d’être déjà aussi imaginatifs !

Parce que moi, le Tour de France, je le regardais chez ma grand-mère, avec mon frère, pendant que papa et maman travaillaient. On regardait le Tour sur Antenne 2 ou FR3 en attendant l’autorisation d’aller à la piscine municipale pour se rafraîchir (cette autorisation intervenait en général 2 ou 3 heures après le déjeuner. J’entends encore Mamita me dire « Tu comprends mon poulet, il faut que tu digères avant d’aller te baigner »). Aussi, l’idée d’aller dehors, en plein mois de juillet, dans la Drôme à 14h00 n’était pas non plus une option, déjà à l’époque il faisait chaud, très chaud. Donc on crevait de chaud et on s’ennuyait ferme, jusqu’à 15h00.

Parce qu’à 15H00 on pouvait s’échapper sur TF1 et regarder Isidore et Clémentine discuter avec Claude Pierrard. On pouvait enfin se divertir devant Croques-vacances.

Ils m’ont sauvé de l’ennui

En 1981, j’avais 8 ans et Bernard Hinault ne pouvait lutter contre Capitaine Flam, Joop Zoetelmek était moins intéressant que Maya l’Abeille. Caliméro était mon héros. Ce n’est qu’en 1994 que Richard Virenque est devenu un héros national en emmenant le maillot à pois sur le podium des Champs-Elysées, et moi en 1994, à 21 ans, dieu merci j’étais moins dépendant de ma grand-mère pour occuper mes après-midi.

Et puis j’ai grandi, j’ai mûri, aussi je me suis mis au vélo de route à l’aube de mes 45 ans. Tout d’un coup, je comprends mieux les enjeux et les efforts consentis par les coureurs sur une étape du Tour. Tous les jours, ou presque, un nouveau scénario, une nouvelle dramaturgie avec les mêmes acteurs dans de nouveaux décors. Certains sont les rois de l’improvisation, d’autres, récitent leur texte sans passion mais tels des métronomes. C’est un spectacle assez excitant. Je dois le reconnaître. Aussi je pars de tellement loin que, pour l’instant seuls les 50 derniers kilomètres de l’étape parviennent à conserver mon attention.

En résumé, je ne me prédestinais pas à devenir un lecteur enthousiaste de « Miroir du Tour » écrit par François Paoletti, mis en lumière par Romain Elbach chez Tana édition. Sauf que, j’ai la chance de connaître François et Romain, j’ai la chance de profiter de leur souci de partager avec d’autres cyclistes de beaux moments sur les routes de la région Parisienne, via leur Classic-Challenge. Je vous avoue, avoir acheté ce livre, au départ, surtout comme un geste concret de remerciement pour ces journées qu’ils organisent. Un peu comme si je payais ma dîme. Un peu comme si, avoir ce livre, m’autorisait désormais à leur demander d’éviter de mettre des bosses casse-pattes sur leurs itinéraires.

Sauf que, j’ai commencé par parcourir les photos du livre. Et là c’est une première claque. Un cycliste perdu au milieu de paysages majestueux, une route sans fin, les photos proposées sentent la montagne, l’herbe, la rosée, la garrigue. La souffrance, la sueur et la solitude du cycliste aussi. Romain parvient à transcrire cette communion entre la nature et le sportif. Et ça me parle. Ça me donne envie de lire les textes.

Je commence donc par la préface signée par Thomas Voeckler. Deuxième claque, nous pouvons jeter aux orties nos idées préconçues des cyclistes professionnels aussi fins qu’un troupeau de zébus. Aussi Thomas (je l’appelle Thomas désormais, on est pote maintenant que j’ai fait l’éloge de sa finesse) nous donne des clés de lecture et comment aborder ce livre. Sans début, sans fin, ce n’est pas une histoire qui est proposée mais une somme de plusieurs nouvelles. Chaque étape vécue et retranscrite se lit indépendamment, elles forment par contre un tout. François nous offre une jolie leçon d’histoire, un cours gracieux de géographie. Ça ressemble à un atavisme familial mais c’est surtout pour moi une troisième claque.

Les rôles s’inversent

Quand le coureur professionnel (Thomas) nous éclaire sur la lecture du livre, l’auteur, François, nous guide, il nous fait vivre avec générosité son expérience de cycliste amateur sur les traces des rouleurs professionnels. Ce livre nous donne envie d’y aller nous aussi.

Et c’est là que ce livre est fort, malgré les claques successives que je me suis prises, je n’en ressorts absolument pas assommé. Il me ferait presque regretter de ne pas avoir vu et ressenti ces émotions dans les années 1980. Presque seulement, parce qu’encore une fois, sans le Tour de France sur Antenne 2 je n’aurais peut-être jamais connu Arnold et Willy sur TF1, et je serais passé à côté de quelque chose.

En tout cas le message est passé.  Mordus du Tour, as de la pédale, simplement rouleurs du dimanche ou encore amoureux de jolies photos, passionnés par l’histoire sportive, vous devriez trouver quelque chose qui vous parle et vous émeut dans cet ouvrage.

Pour ma part, devinez ce que je vais faire cette après-midi*.

Je vais commencer par regarder l’étape du Tour puis j’irais rouler à la fraîche. Vous me croiserez peut-être, levant les bras en signe de victoire, ayant terrassé mes adversaires imaginaires juste avant de passer ma ligne d’arrivée imaginaire, en haut d’un col, encore plus imaginaire, du haut de mes 45 ans, bien réels ceux-là.

Enfin, pour boucler la Grande Boucle, si vous hésitez à propos de l’endroit où acheter ce livre, ne serait-ce pas une belle idée, d’enfourcher votre monture, d’aller chez votre bon vélociste et l’acheter là-bas ? C’est ce que j’ai fait, je suis allé chez  Kilomètre 0 Paris – le camp de base du cycliste et j’ai même eu la chance de croiser l’auteur qui ne s’est pas trop fait prier pour me faire une jolie dédicace.

 

*billet écrit dans la torpeur du mois de juillet 2018; Devant l’étape du contre-la-montre entre Saint-Pée-sur-Nivelle et Espelette  remportée par Tom Dumoulins; mais qui s’en souvient?