born to ride - yannick

Born To Ride 2020

Je vous propose de vivre de l’intérieur
ma participation à la Born To Ride 2020.


L’idée étant de démontrer qu’en s’entraînant avec régularité et méthode, sans toutefois dépasser 2 à 3 séances sur le vélo, d’1h30 max en semaine et une sortie de 3h le dimanche, ce type de challenge est réalisable.

Frais et confiant au départ de la BTR.

BTR 2020 SECTEUR 1 – 170 KM / 1.351 D+

De Rambouillet à la forêt de Bercé

Vendredi 07 août 2020 au soir c’était le départ avec un premier choix stratégique puisque, distanciation oblige, le départ était libre entre 14h et 22h. Malheureusement nous sommes aussi en pleine vague de chaleur 🥵
Alors départ de jour ou de nuit, à la fraîche, avec nuit blanche garantie ? 🤯 J’ai fait le choix du compromis avec un départ à 20h.

Le parcours complet de la BTR 2020

La première étape dont vous avez la trace ci-dessus, s’est révélée assez facile. Arrivé au CP à 1h30, après 2/3 du parcours dans les prolongateurs, j’ai continué à rouler plus cool jusqu’à 3h30 avant de m’octroyer 2h de sommeil puis de repartir au lever du jour.

L’équipement

  • Velo ORBEA ORCA M20D
    un vélo dédié à l’endurance
  • 1 sacoche de selle et 1 sacoche de cadre
  • 1 paire de prolongateurs

Les anecdotes du jour

  • la drôle : au lever du jour, il s’est mis à pleuvoir mais juste au dessus de moi, avec 1 grand soleil partout ailleurs. Comme je me déplaçais vers l’ouest, le seul nuage du coin à continuer de me suivre pendant 30′ ; je me faisais l’effet d’être dans un dessin animé
  • la moins drôle : avec la nuit, l’appréciation des distances et des caractéristiques de la route est très différente ; je me suis fait ainsi surprendre dans une courbe, alors que j’étais dans les prolongateurs… il faut être rigoureux sur le placement dans le virage, tourner avec les épaules et attendre que ça passe. C’était chaud !

BTR 2020 Secteur 2 – 253 km / 1.826 D+

Pour faire simple, Le Mans à Nevers

Sans doute la partie psychologiquement la plus difficile.
C’est sous une chaleur accablante que les interminables lignes droites de la Sologne puis du Berry ont failli avoir raison de ma participation. Il y a eu d’ailleurs beaucoup d’abandons et le mien n’a été évité que par l’application d’une règle de base en ultra : ne jamais prendre de décision définitive avant de se reposer et/ou de se ravitailler.

Pour ma part, après le passage du CP1 à 1h30 du matin, j’ai enchaîné jusque 3h30, piégé par le manque d’eau.
J’ai donc fait mon 1er bivouac jusqu’à 5h, avant de repartir plutôt confiant ; il ne me restait plus alors que 120 km et je me voyais bien avaler ça en 4 ou 5 heures.

Au final, terrassé par la chaleur j’ai été contraint de m’arrêter à 50 km du CP, dans une forêt qui était en fait un four 🥵

Quand je suis reparti à 17h, c’est pour me retrouver esseulé sur un long ruban d’asphalte entre deux champs de céréales brûlés par le soleil, sans 1 ombre à perte de vue. Je suis arrivé à la Charité sur Loire, à 10 km du CP, au bout d’un temps infini. Là, j’ai retrouvé une bonne vingtaine de participants, tous partis avant moi, mais tous dans le même état.

C’est autour d’un bon repas malgache (si si), que j’ai pu m’imprégner de la sagesse et la façon de voir de tous ces athlètes tellement plus expérimentés que moi, ce qui m’a donné une nouvelle motivation pour continuer.

Je me suis cependant fait rattraper par la fatigue et j’ai fait le choix du bivouac à minuit, encore une fois à côté d’un cimetière (pour refaire le plein d’eau), en changeant intégralement de tenue (j’avais pris 2 sets) et en prenant le temps de me crémer… j’ai dormi 5h et me suis réveillé plein d’énergie !

Les anecdotes du jour

  • la plus drôle : se jeter sur la 1e boulangerie de la 1e ville traversée, comme tous les autres participants, trouver les viennoiseries bof bof et découvrir 1 vraie boulangerie traditionnelle 500m plus loin !
  • la moins drôle : se faire réveiller à 2h du matin, les phares d’une voiture en plein visage, par 2 habitants d’un camps de caravanes proche, plantés comme des armoires à glace et les bras intégralement tatoués pour me dire : “q’tu fait quoi lo toi ? ” (les accents sont respectés)

    Je vous passe les détails de notre discussion pendant laquelle ces 2 gentils garçons m’ont fait comprendre qu’ils étaient très sérieux et non taquins comme je le pensais et qu’il a fallu leur démontrer que non, je n’en voulais pas à leur caravane 😂

BTR 2020 Secteur 3 – 304 km / 4.117 D+

De la Nièvre au Cantal

L’étape 2 a fait des dégâts dans les organismes, alors que sur le papier c’est l’étape 3 la plus longue.

Je choisis d’avancer jusqu’à ce que la chaleur soit trop intense. De fait, c’est l’approche d’un gros orage d’été qui me permet de passer mon après midi dans un Fast food à Gannat, juste après avoir contourné Clermont-Ferrand et le Puy de Dôme. De ma place j’ai une petite vue sur la chaîne des Puys si chère à mon coeur.

J’y croise quelques concurrents dont Thierry Saint Léger, qui, juste après avoir fait l’exact parcours du Tour de France 1903, participe à la BTR en pignon fixe !

Je repars en début de soirée en pensant avaler les 150 kilomètres qui restent comme les premiers, en me fiant à mes données de puissance : 50% PMA Max. Grave erreur.

En réalité je suis arrivé au CP3 le lendemain à 12h30, exsangue : la traversée du Cantal s’est révélée vraiment difficile. J’ai été obligé de bivouaquer en plein col avec d’autres bikepakers, faire quelques arrêts avec micro siestes. Le Cantal c’est tout de même le seul endroit où une fois le col passé, tu restes sur le petit plateau.
Pour atteindre le CP3, au dessus de Murat, j’étais vraiment à la rupture dans les derniers lacets du Puy de la Molede.
L’accueil de l’organisation était dans l’esprit de l’épreuve : simple, chaleureux respectueux, valorisant.

Je m’y suis accordé 2 bonnes heures pour me réhydrater, m’alimenter correctement, me reposer, faire une vérification du vélo, partager mes expériences, discuter de la trace avec les uns et les autres.

Départ pour le CP4 vers 15h pour m’arrêter en bas de la descente 20 minutes plus tard : la route qui me faisait passer à côté du Lioran, était un véritable four. Impossible de continuer. Je m’arrête sur une aire de voitures, pause la tête entre mes bras et m’assoupis pendant 30 minutes, écrasé par un air irrespirable.

L’anecdote du jour

  • la drôle : doubler un groupe avant de se faire rattraper à la pause ; refaire la même chose 1 fois, 2 fois, avant de convenir de faire la route ensemble pendant quelques temps
  • la moins drôle : faire un détour de 20 bornes et grimper une cote couchée sur le guidon tellement la pente est importante, pour se rendre compte que c’est le Garmin qui te ramène au point de départ, j’adore.

BTR 2020 Secteur 4 et 5 – 485 km / 8.139 D+

Du Cantal aux Hautes Pyrénées en une seule étape

Je vous ai quitté terrassé par la chaleur dans la montée du Lioran. Voyant un autre participant passer devant moi, je trouve l’énergie pour remonter jusqu’à lui, grimper jusqu’à la station, et poursuivre sur le plat à une allure régulière, le plus possible dans les prolongateurs pour économiser chaque watt possible.

Les kilomètres s’enchaînent et j’arrive à trouver un petit rythme. Je décide cependant de m’arrêter à Vic Sur Cère pour faire, enfin, un vrai repas et surtout me protéger des orages violents qui sont annoncés. Pas encore véritablement décidé, je passe la porte d’un hôtel pile au moment où une averse de grêle se déclenche. Du coup je décide d’y rester !
Après une vraie douche, j’en suis reparti à 1h du matin, dés le départ front orageux. Je ne vais plus m’arrêter jusqu’à l’arrivée, pour essayer d’atteindre l’objectif que je m’étais fixé au départ : 4 jours max pour couvrir les 1200 Km.

Une fois sorti du Cantal, j’avale les kilomètres assez facilement et je vois le jour se lever sur les paysages de l’Aveyron, une belle récompense. Je savoure ces premiers moments de plaisirs où je me sens bien, les jambes légères. Je prends le temps d’un bon petit déjeuner dans le Tarn, avant de rallier le CP4 où je croise d’autres participants, notamment le seul tricycle en vélo couché. Il semble particulièrement touché.

La dernière étape, pendant laquelle je vais traverser la vallée de la Garonne, est à l’image de l’étape du Berry : ennuyeuse à mourir, hyper chaude, sans intérêts.
Mais le Graal se dessine enfin vers 23h, avec l’arrivée à Arrau, au pied d’une dernière ascension de 20 kilomètres, qui, après Saint Larry Soulan, nous mène au terme de ce périple, au refuge d’Oredon, forêt d’Arragnouet.
J’arrive au refuge à 3h du matin, au bout de ma vie.

Je vous remercie de m’avoir accompagné dans ce voyage ; vraiment ; et que dire de toute l’équipe du Kilomètre 0, sans qui cette aventure n’aurait pas été possible. Merci, tout simplement.

Born To Ride 2020 – épilogue et bilan

  • Ce qui était prévu : 1 212 Km et 15.433 de D+ entre 72 et 96h soit 12 Km/h
  • Ce que j’ai fait au final : 1 178 Km et 13.461 de D+ en 103h soit 11 Km/h
    Présenté comme ça, ce n’est pas vendeur, je suis d’accord 😉

En revanche, j’ai noté pas mal de choses, outre quelques expérimentations personnelles. Entre ce qui a bien fonctionné de ce qui s’est révélé inutile, je vous partage mon expérience.

L’alimentation en premier : sur tout le périple je n’ai consommé que 4 barres et un tube de comprimés effervescents d’électrolytes. C’est logique, car le substrat énergétique sur de la longue distance est basé sur les lipides. En fonction de ce dont tu as envie de manger, tu es capable d’identifier le type d’efforts que tu viens de réaliser : sucré => montée de col dynamique ; sandwich au fromage => 250 Km en gestion. Bilan, je me suis délesté, dès le deuxième jour, d’au moins 500g de sachets de plats lyophilisés.

La gestion de la chaleur : Outre le fait de rouler plutôt la nuit et la matin de bonne heure, rien de tel qu’une paire de manchettes à arroser régulièrement d’eau lorsque l’on roule en pleine chaleur ! Cela protège du soleil et cela facilite la régulation thermique => quand ça fume il faut s’arrêter ! Une saharienne de fortune, sous la forme d’un carré de tissu attaché à l’arrière du casque (2 épingles à nourrice) est, tout comme les manchettes, un super truc pour s’abriter des morsures du soleil et aider à la régulation thermique grâce à l’arrosage régulier.

Le matériel : il y aurait des pages à écrire sans épuiser pour autant le sujet. Donc mon propos est uniquement de me concentrer sur les quelques aspects que j’ai découvert ; pardonnez-moi par avance si j’enfonce des portes ouvertes. Je n’évoquerai ainsi pas l’aspect du poids, chacun voyant midi à sa porte. Mais, du point de vue de la physique élémentaire, plus on est léger, moins on utilise d’énergie. Un point qui me semble important c’est la façon dont ce poids est réparti. J’ai ainsi découvert l’importance cruciale d’équilibrer ce poids, entre l’avant et l’arrière sous peine de ne pas arriver à se mettre en danseuse. J’ai du ainsi ajouter pendant tout mon périple, une bouteille d’un litre à l’avant, uniquement pour me permettre de me mettre debout sur les pédales.

Les prolongateurs, pour ce type d’épreuve sur route, me paraissent essentiels ; j’y ai passé, sur les 1200 kilomètres, 70 % de mon temps, à la fois pour l’aéro, le changement de position, l’étirement des épaules.

Les vêtements : encore une fois c’est très personnel. Cependant, j’ai apprécié de changer de cuissard car mes deux cuissards étant différents, l’appui sur la selle est, lui aussi, un peu différent et ça soulage ! S’agissant des chaussures, j’ai opté pour des chaussures routes, pour privilégier la surface d’appui. L’important est de prévoir un chaussant qui ne soit pas trop ajusté, pour faire face aux pieds qui gonflent. Les fermetures Boa sont essentielles pour ajuster à tout moment, en roulant, le niveau d’ouverture et donc la contrainte sur le coup de pied.

Les petits plus : le fait d’avoir plusieurs pochettes, sacoches, permet de répartir ses accessoires et la nourriture, afin d’éviter d’avoir à vider la moitié du sac à chaque manipulation. De même, toujours conserver le nécessaire à dormir (Bivy en ce qui me concerne) à porté immédiate de main, de façon à dormir en moins de 3 minutes et ainsi faciliter les micros-siestes. La crème anti-frottements du célèbre manufacturier textile suisse, m’a sauvé la vie dés le début de mon périple. A emporter dans des petits contenants, ainsi que des pastilles de magnésium à consommer lors des pauses prolongées pour éviter les crampes en dormant. Enfin, le truc absolu pour moi ça a été de pouvoir écouter des livres audio (d’autres choisiront de la musique), parce qu’au bout d’un moment, ça devient un peu long tout de même.

Enfin l’entraînement : je voulais démontrer que l’enchaînement de sorties de courtes durées (45′ à 1h30 max) + une sortie longue le week-end permettait de faire face à ce genre d’épreuves.
La démonstration de mon point de vue est faite ; pour aller chercher une performance en revanche, il faudra également glisser davantage de sorties longues dans le calendrier, ne serait ce que pour s’habituer au maniement d’un vélo chargé et aux conditions de roulage, au rythme. L’ultra, plus que des épreuves de courte durée, réclame de l’expérience pour arriver à donner le meilleur de soi même !
Autre aspect essentiel, l’étude posturale. Enchainer 100 heures sur le vélo avec que des récupérations incomplètes, ne peut pas s’envisager si vous avez un point de crispation ou de tension ou bout de 2 ou 3 heures de vélo ! A programmer le plus en amont possible.

Je pense avoir fait le tour mais j’attends vos commentaires, questions. A très vite pour de prochaines aventures !!

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